Séminaire "Archives, objets et mémoires dans la Colombie post-conflit"
17/03/2026
par Emmanuelle Sinardet (Professeure à l'Université Paris Nanterre (CRIIA-UR Etudes romanes) ; Membre de l'Institut Universitaire de France (IUF) ; Directrice de l'Institut Français d'Etudes Andines (IFEA, Lima, Pérou) & Professeure invitée MSH)
Le projet ARMEP – Archives et Mémoires plurielles en Colombie après les Accords de Paix et le projet OMECA – Objets et mémoires du conflit armé s’inscrivent dans le contexte colombien contemporain, marqué, après la signature des accords de paix, par l’engagement d’un vaste processus de reconnaissance des violences liées au conflit armé. Les deux projets reposent sur une double hypothèse : d’une part, l’existence de mémoires plurielles du conflit encore peu visibles ; d’autre part, la capacité de ces mémoires à produire des récits alternatifs, non hégémoniques, sur l’expérience de la violence.
ARMEP se donne ainsi pour objectif d’identifier, recueillir, analyser et préserver des récits émergents qui ne relèvent ni des archives officielles ni des discours dominants, mais qui participent activement à la reconnaissance des vécus et des subjectivités liées au conflit. Portées par une grande diversité d’acteurs — collectifs, associations, artistes, familles — ces mémoires se manifestent à travers des documents, des actions et des productions culturelles qui échappent souvent aux cadres archivistiques traditionnels, alors même qu’elles relèvent de patrimoines mémoriels essentiels à transmettre. Dans le prolongement direct d’ARMEP, le projet OMECA se concentre plus spécifiquement sur le rôle des objets en tant que témoins matériels et silencieux de la violence. Fréquemment exclus des archives institutionnelles, ces artefacts sont conservés par des associations, des familles ou des particuliers. OMECA s’attache à leur collecte, leur analyse et leur préservation, en particulier dans la région d’Antioquia, l’une des plus touchées par les violences du conflit armé. En interrogeant les usages, les parcours et les significations de ces objets, le projet met en lumière les récits qu’ils incarnent et les enjeux éthiques, politiques et mémoriels liés à leur conservation et à leur transmission.
À l’occasion de ce séminaire, nous nous concentrerons plus particulièrement sur la réflexion menée sur les archives personnelles et notamment sur le rôle des objets. Nous présenterons plusieurs initiatives de valorisation des objets, parmi lesquelles le projet collaboratif en ligne La Casa, un espacio de recuerdos (Museo Casa de la Memoria de Medellín), ainsi que des dispositifs artistiques qui réinvestissent et resignifient les objets comme conteneurs de mémoire, à l’instar d’Oratorio d’Erika Diettes. Nous reviendrons également sur la notion de « mémoire empêchée » qui nous semble émerger, à la lumière de ces deux projets, dans le contexte colombien, pour désigner des mémoires qui, sans être nécessairement soumises à une censure ou à des interdictions explicites, rencontrent de multiples obstacles à leur pleine existence dans l’espace public en tant que composantes du récit collectif. Il ne s’agit donc pas de mémoires « silenciées », mais de mémoires qui, bien que formellement énoncées, se voient déplacées, désautorisées ou désactivées par des mécanismes plus subtils de dévalorisation et de normalisation, et qui entrent ainsi en tension avec des discours hégémoniques privilégiant des narrations moins conflictuelles et davantage compatibles avec les cadres institutionnels de représentation du passé.
Emmanuelle Sinardet est professeure d’histoire et d’études culturelles latino-américaines à l’Université Paris Nanterre et membre de l'Institut Universitaire de France (IUF). Elle est actuellement détachée à Lima (Pérou) en tant que directrice de l'Institut Français d'Etudes Andines (IFEA). Son projet OMECA interroge les mémoires plurielles du conflit armé colombien à partir d’objets du quotidien, absents des archives officielles. En les recueillant et en les analysant, il vise à restituer des récits subalternes et à questionner les régimes de visibilité du passé. Inscrit dans une démarche interdisciplinaire, il prolonge les travaux d’Emmanuelle Sinardet sur les imaginaires collectifs en Équateur et aux Philippines, tout en renouvelant les approches critiques de la mémoire.
Mardi 17 mars 2026, de 14h à 16h
Salle de réception
ULB - Bâtiment DE1 - Niveau 3 - Salle R.3.105
Avenue Antoine Depage 1
1000 Bruxelles
Entrée libre
Contact : Frédéric Louault