Cours-conférence "La Révolution citoyenne en Équateur (2007-2017) et ses prolongements"
19/03/2026
par Emmanuelle Sinardet, Professeure à l'Université Paris Nanterre (CRIIA-UR Etudes romanes) ; Membre de l'Institut Universitaire de France (IUF) ; Directrice de l'Institut Français d'Etudes Andines (IFEA, Lima, Pérou) & Professeure invitée à la MSH de l'ULB (AmericaS)
En collaboration avec CEVIPOL
Ce cours-conférence s’inscrit dans le prolongement de la réflexion menée sur les « révolutions du XXIᵉ siècle » en Amérique latine, dans le cadre du cours "Politique de l'Amérique latine" (proposé au sein de la Faculté de Philosophie et Sciences sociales de l'ULB).
La Révolution citoyenne équatorienne est généralement située entre 2007 et 2017, période correspondant à un cycle politique cohérent, ouvert par l’arrivée au pouvoir de Rafael Correa et clos par la fin de son troisième mandat présidentiel, exercé dans le cadre institutionnel redéfini par la Constitution de 2008. L’année 2007 marque l’émergence d’un projet politique structuré autour d’une rhétorique de rupture avec ce qui fut alors désigné comme la « partitocratie », articulée à une dénonciation des élites traditionnelles, à la promesse d’une refondation en profondeur de l’État et un nouveau projet de société. Ce projet se matérialise par un moment constituant décisif, avec la convocation d’une Assemblée constituante et l’adoption de la Constitution de Montecristi en 2008, laquelle redéfinit substantiellement les rapports entre l’État, les citoyens et les institutions, tout en renforçant le rôle de l’État dans la régulation économique et sociale.
La borne de 2017 correspond à la fin de cette séquence politique en tant que projet hégémonique et unifié. L’élection de Lenín Moreno, pourtant issu du même mouvement politique, ouvre une phase de rupture idéologique, marquée par l’abandon progressif de son vocabulaire, de ses orientations (le Buen Vivir, entre autres) et la recomposition des alliances politiques. Cette date permet ainsi de distinguer le moment révolutionnaire de ses prolongements et de ses héritages, sans présumer de la disparition de ses effets à long terme. Car si l’année 2017 marque la fin de la Révolution citoyenne en tant que projet présidentiel et gouvernemental, elle n’en clôt pas pour autant les effets politiques, institutionnels et symboliques. La sortie du pouvoir transforme la Révolution citoyenne : d’un projet hégémonique porté par l’État, elle devient un courant politique durable, objet de controverses, de mémoires conflictuelles, de recompositions, voire de clivages. Dès lors, la question centrale n’est plus seulement celle de ce qu’a été la Révolution citoyenne, mais de ce qu’il en reste, et de la manière dont elle continue de structurer la vie politique équatorienne contemporaine.
À travers cette étude de cas, il s’agit d’interroger la Révolution citoyenne à la fois comme projet de transformation politique, comme expérience de gouvernement et comme objet analytique permettant de questionner les tensions entre participation démocratique, centralisation du pouvoir et personnalisation du leadership. Il invite également à réfléchir, à partir du cas de l'Equateur, à la durabilité des projets dits « révolutionnaires » en ce début XXIᵉ siècle, à leurs limites et ambiguïtés, ainsi qu’aux formes de continuité et de rupture qu’ils laissent dans les systèmes politiques nationaux.
Emmanuelle Sinardet (normalienne, ESSEC, agrégée, docteure, habilitée-HDR) is Professor for Latin American Studies at University Paris Nanterre. Since 2007 she has been in charge of the CEE (Centre d'Études Équatoriennes) in the CRIIA (Centre de Recherches Ibériques et Ibéro-américaines) at the UR (Unité de Recherche) Études Romanes.
Her research focuses on nationalism, education, cultural policies in the 19th and 20th centuries, in Latin America and in the Philippines. Since 2015 she has been a member of the Academia Nacional de Historia del Ecuador. She has published several articles, books and research papers, and delivered international lectures on these topics. She is currently (2022) researching “Filipinoness” and Imagined Communities in the Philippine Literature in Spanish (1902-1942) at the CNRS (delegation) UMR 5317 IHRIM.
She is a member and co-coordinator of international research projects, such as ILA (2021-2023, Comue-UPL) ; CLACSO Grupo Artes, educación y ciudadanía; ILA 2 « Ici, Là-bas, Ailleurs : le transnationalisme par ses acteurs – Subjectivités et stratégies d’adaptation (16e-21e siècles) » (IDA-Réseau thématique Pôle Nord-Est) ; « DIGIPHILIT - Innovations in Methodologies and Syllabus: Digital Humanities and Philippine Literature » (Erasmus+ EPOS, Project code: 2020-1-BE02-KA203-074821).
As a Professor, Emmanuelle Sinardet teaches undergraduates (L), master's degree students (M), PhD students (D), Agrégation et CAPES students, on topics related to history and culture in Latin America and the Philippines. She is in charge of the International Bilingual French-Spanish Program (CIFE Cursus international franco-espagnol) of the Licence Economie-Gestion at Paris Nanterre University. She is currently (2022) working on a guide to good practices in distant teaching andto the inclusion of digital resources in teaching, and also on Double Degrees with Latin American Universities.
Jeudi 19 mars 2026, de 12h à 14h
Auditoire UB.5.230
Bâtiment U - Porte B - Niveau 5
ULB - Campus Solbosch
Entrée libre
Contact : Frédéric Louault