Séminaire d'autodéfense académique "Sciences non-alignées : Produire du savoir face au pouvoir"
Du 25/01 au 29/01/2027
La MSH en collaboration avec TRANSFO et l'openlab.brussels
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Intervenant.e.s :
Fanny Bériaux (Musicienne), Dounia Bourabain (UHasselt), Vincent Chapaux (MSH-ULB), Margaux Coquet (UCLouvain), Martin Deleixhe (ULB), Clémence Demay (ULausanne), Christophe Majastre (MSH-ULB), Emmanuelle Perez Tisserant (U. de Toulouse), Lucie Quéré (Paris I), Antoinette Rouvroy (UNamur), Damien Scalia (MSH-ULB), Sixtine Van Outryve (ULB), Lionel Zevounou (EHESS)
Le séminaire résidentiel « Sciences non alignées – Produire du savoir face au pouvoir » vise à rassembler le monde des sciences humaines et sociales (SHS) pour appréhender la manière dont la recherche doit s’exercer dans un contexte où l’on exige de plus en plus qu’elle s’aligne sur des priorités qui ne sont pas définies en son sein.
Soumis depuis de nombreuses années à des pressions économiques et institutionnelles, le monde académique fait en effet face depuis plusieurs années à une intensification et à une radicalisation des incursions externes. Au point qu’il s’agit désormais de manière explicite, même au sein des démocraties dites libérales, de s’opposer à des recherches qui iraient à l’encontre des priorités des gouvernements en place.
Aux Etats-Unis par exemple, depuis l’Executive Order du mois d’août 2025, certaines recherches ne sont financées que si elles font la preuve qu’elles « contribuent à l’avancée des priorités politiques du Président ». De manière générale, les chercheurs et chercheuses étasunien·nes qui soumettent à des programmes de recherche fédéraux doivent dorénavant faire la preuve de leur compatibilité avec les « valeurs américaines » dont les contours restent flous mais qui excluent en tous les cas les recherches portant sur les questions de diversité, d’équité, de genre, de race, de classe ou d’immigration. Des mouvement similaires sont documentés au sein de l’Union européenne, notamment en Hongrie. Dans un autre registre, en Belgique francophone, le Ministre Jeholet considère que la recherche doit être mise au service exclusif du développement économique: « Je vais le dire un peu brutalement: on ne fait pas de la recherche pour faire de la recherche. C’est comme la formation, cela doit mener à l'emploi ».
Le plus souvent, cette injonction à la soumission est justifiée par une forme de trahison du monde de la recherche qui aurait abandonné son « obligation de neutralité » pour embrasser un agenda « politique », « woke » ou « islamo-gauchiste ».
Face à cette situation, la Maison des Sciences Humaines de l’Université libre de Bruxelles (MSH-ULB), l’openlab.brussels et TRANSFO invitent à réfléchir collectivement aux stratégies de résistance possibles en proposant à la discussion le concept de « sciences non-alignées ».
A titre de définition de travail, le concept de « sciences non-alignées » fait référence à des pratiques scientifiques variées et potentiellement conflictuelles mais qui partagent deux évidences. La première est que les SHS ne peuvent pas être « neutres », au sens où le savoir qu’elles produisent s’insèrera toujours inévitablement dans les rapports de pouvoir en cours dans une société donnée. En produisant une forme de discours sur la société (ou en ne le faisant pas), les SHS ne peuvent pas ne pas se positionner. La seconde évidence est que des SHS qui seraient soumises aux exigences de pouvoirs externes, au sens où elles n’auraient le droit de produire du savoir que dans la mesure où celui-ci irait dans le sens des priorités politiques, économiques ou religieuses du moment, perdraient toute raison d’être.
Afin de réfléchir aux contours de ces « sciences non-alignées », il est proposé de procéder en trois temps : comprendre le non-alignement, pratiquer le non-alignement, organiser le non-alignement.
1. Comprendre le non-alignement
Dans ce premier temps, il s’agit d’esquisser le contexte contemporain et historique dans lequel prend place le débat du non-alignement. Quels sont les ressorts exacts des stratégies actuelles ? Dans quelle mesure s’insèrent-elles dans une histoire plus longue ? Jusqu’où doit-on analyser les phénomènes actuels comme le résultat d’un « combat d’idées » ou de « luttes culturelles » ? Quelle place faut-il laisser à une analyse matérialiste ?
2. Pratiquer le non-alignement
Dans ce second temps, il s’agit de revenir sur ce qui se fait déjà dans des champs scientifiques confrontés de manière aigue à ces tensions. Comment les études genre, les Racial Studies ou les études post-coloniales ont-elles pensé et pratiqué le non-alignement (si tant est qu’elles acceptent cette notion) ? De manière générale, quelles techniques les SHS mettent-elles en place pour ne pas reproduire ou amplifier, par leurs pratiques, les rapports de domination ? Comment certaines pratiques, telles les sciences participatives, pensent-elles leur insertion dans les rapports de pouvoir ?
3. Organiser le non-alignement
Dans ce troisième temps, il s’agira de réfléchir à la manière dont les SHS, en tant que groupe humain et institutionnel, peuvent agir pour défendre ou étendre leur capacité au non-alignement dans le futur.
Ce séminaire résidentiel est pensé comme un lieu de débat et de création collective. Les journées sont rythmées par des interventions courtes qui visent avant tout à susciter les interactions. Les intervenant·es sont encouragé·es à combiner des interventions magistrales avec d’autres outils tels que la discussion de papiers préalablement lus par les participant·es, la diffusion de matériel audio-visuels (podcasts, documentaires,…), l’organisation de jeux sérieux, etc… Les personnes qui le peuvent et le souhaitent sont invitées à résider sur place durant le séminaire pour favoriser la poursuite des échanges et la création de dynamiques collectives.
Le séminaire tentera de susciter un relais, notamment dans la presse, et une forme d’interaction avec un public non académique, notamment par l’intermédiaire de deux évènements en soirée (conférence inaugurale et conférence concert).
Programme complet à venir.