Séminaire POLIS "Les féminismes anti-punitifs : essai de typologie"
Le 08/12/2026
par Johanna Lenne-Cornuez, Université Jean Moulin Lyon 3
Quoique les courants féministes qui s’adressent au droit pénal pour lutter contre l’impunité des violences fondées sur le genre soient majoritaires, il existe des féminismes qui contestent cet objectif. Qu’est-ce qui pose problème à leurs yeux ? Est-ce l’objectif punitif lui-même ou la stratégie d’alliance avec les politiques et institutions qui le mettent en œuvre ? Cette contribution s’intéressera aux fondements philosophiques des critiques féministes du féminisme accusé d’être « punitif » ou « carcéral » (Bernstein 2007), en se demandant ce qui explique le rejet de la pénalisation (ou criminalisation). Je partirai de l’hypothèse que deux grands types de critiques peuvent être discernés : celles menées à l’intersection avec la critique d’autres rapports de domination et celles menées de l’intérieur de la perspective féministe.
Dans le premier cas, la critique anti-punitive s’appuie sur celle des logiques capitaliste, raciste, classiste ou encore sécuritaire à l’œuvre dans l’élargissement et le renforcement des sanctions pénales. La punition des coupables n’est pas tant rejetée en elle-même, que l’instrumentalisation de la cause féministe au profit du renforcement d’un ordre social inégalitaire et injuste par une politique juridique et judiciaire répressive, en particulier carcérale. Là où le féminisme majoritaire s’est autonomisé en devenant un « féminisme institutionnel », le féminisme antirépressif fonde sa critique sur l’affirmation de son lien consubstantiel avec la lutte contre d’autres systèmes de domination, notamment de race et de classe.
Dans le second cas, la critique anti-punitive défend l’idée que l’objectif pénal entre en tension avec les principes et objectifs internes au féminisme. Deux approches peuvent cependant être distinguées. D’une part, une approche libérale qui cherche à circonscrire le pouvoir coercitif de l’État pouvant constituer une menace majeure (historiquement avérée) à l’encontre des droits et libertés des femmes et des minorités sexuelles. D’autre part, une approche qui se fonde sur l’objectif de transformation sociale et sur les analyses féministes de violences à la fois structurelles, ordinaires et protéiformes, pour rejeter l’idée que la punition soit la réponse adaptée, singulièrement pour les victimes. Trois positions, intersectionnelle, libérale et transformative, pourraient ainsi être décrites, dont il faudra discuter des convergences et des incompatibilités, notamment du point de vue de l’abolitionisme pénal, mais aussi des critiques féministes qui pourraient en retour leur être adressées.
Johanna Lenne-Cornuez est maîtresse de conférences en philosophie morale et éthique appliquée à l’Université Jean Moulin Lyon-3 et membre de l'Institut de Recherches Philosophiques de Lyon (IRPHIL). Spécialiste de Rousseau (Être à sa place. La formation du sujet dans la philosophie morale de Rousseau, Classiques Garnier, 2021), elle a écrit plusieurs articles sur son héritage contrasté chez des autrices de la fin du XVIIIe comme Staël, Gouges, ou Wollstonecraft. Ses recherches actuelles portent sur les philosophies féministes, à partir de la question du consentement, ainsi que de la lutte contre l'impunité des violences fondées sur le genre.
Programme des séminaires POLIS
Mardi 8 décembre 2026, de 17h à 19h
Salle Janne
Institut de Sociologie -Bâtiment S - Niveau 15
ULB - Campus Solbosch
Entrée libre
Contact : centre.theorie.politique@ulb.be