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Conférence inaugurale « Une autre ville créative est possible ! »


par Charles AMBROSINO (Université Grenoble Alpes) et Boris GRESILLON (Maison méditerranéenne des sciences de l’homme)

Conférence inaugurale du Colloque international « De la subversion à la subvention. L’art urbain entre pratique illégale et commande publique à l’âge du capitalisme culturel »

Développé par Richard Florida, le concept de la « ville créative » ne constitue ni une solution idéale qu’il s’agirait de reproduire fidèlement, ni un assortiment cohérent d’initiatives publiques ou privées, ni même un discours sur la ville qui fasse consensus au sein des sphères académiques, praticiennes ou politiques. Tout au plus, regroupe-t-elle un champ assez varié de politiques publiques, lesquelles ne sont d’ailleurs pas toujours convoquées conjointement par les collectivités locales qui pourtant s’en réclament. La ville créative apparaît davantage comme un modèle urbain non spécifique à une ville en particulier, mais dont l’essence repose avant tout sur la capacité des gouvernements urbains à hybrider localement « bonnes pratiques » et savoir-faire situés. Il est vrai que l’épisode « Florida » au début des années 2000 aura crispé le débat autour de sa définition et, surtout, de son application concrète. Dans ce contexte, il apparaît que la joute planétaire à l’encontre de ce consultant sans frontière aurait finalement empêché le débat de fond sur ce que pourrait être une « ville créative ».

Or, qu’on le veuille ou non, le « moment Florida » a constitué un tournant dans l’évolution du concept de ville créative. D’une part, la notion s’est enrichie d’acceptions nouvelles – et très contestables pour certaines –, d’autre part le concept est devenu application, enfin le concept est devenu modèle et boîte à outils universelle censée guérir les maux de la ville partout dans le monde. Il ne s’agira pas tant de revenir une énième fois sur les innombrables critiques qui se sont abattues sur la pensée floridienne que de tenter de la dépasser. En s’appropriant la notion de « créativité », Richard Florida s’est approprié un mot magique, un mot polysémique qui contient aussi bien les notions d’ « innovation » que de « talents » ou encore de « création artistique, littéraire ou esthétique ». Or, en examinant cette dernière acception (créativité comme création artistique), en rappelant simplement que les « créateurs » ne sont pas assimilables aux « créatifs » comme l’économie néolibérale voudrait nous le faire croire, on se rend compte que la « ville de création » est assez éloignée de la « ville créative » de Florida et de ses adeptes.

Charles AMBROSINO (FR) – Urbaniste et historien de formation, docteur en Urbanisme et Aménagement de l’espace, Charles Ambrosino est maître de conférences à l’Institut d’Urbanisme et de Géographie Alpine (IUGA) de l’Université Grenoble Alpes (UGA). Il est membre du bureau de l’équipe de recherche « Villes et Territoires » de l’UMR PACTE, responsable de la mention de Master Urbanisme et Aménagement de l’IUGA et Directeur Exécutif du volet Rayonnement social et culturel de l’IDEX de l’UGA. Spécialiste des dynamiques créatives et d’innovation urbaine, ses travaux de recherche portent notamment sur les liens qu’entretiennent art, culture, économie de la connaissance et mutations urbaines.

Boris GRÉSILLON (FR) – Boris Grésillon est professeur de géographie à l’université d’Aix–Marseille et chercheur au laboratoire CNRS TELEMME (Temps, espaces, langages, Europe méridionale-Méditerranée)/MMSH (Maison méditerranéenne des sciences de l’homme). Il est l’auteur, entre autres, de Géographie de l’art. Ville et création artistique (Economica-Anthropos, Paris, 2014) et de plusieurs articles sur Berlin et la ville créative lorsqu’il était Attaché universitaire à l’ambassade de France de Berlin.


Mercredi 28 novembre 2018 

Université libre de Bruxelles
Faculté d’Architecture La Cambre Horta
19 place E. Flagey
B-1050 Bruxelles

Entrée libre