Cours-conférence « Familles et mémoire seigneuriales : les persistances d’une identité distinctive dans le Québec des XXe et XXIe siècles « 

par Benoît Grenier, Professeur titulaire et directeur du département d’histoire Université de Sherbrooke et CIEQ

en collaboration avec MMC

Avec le droit civil coutumier et la religion catholique, le régime seigneurial est sans aucun doute l’une des institutions de la France d’Ancien Régime qui a le plus durablement marqué la société canadienne-française. Implanté au Canada dès le 17e siècle, la seigneurie survit à la Conquête britannique et ne s’éteint que plusieurs décennies après la Révolution française. Qui plus est, le mode de vie seigneurial et les rapports seigneurs/censitaires ne sont pas disparus avec l’adoption de l’Acte abolissant les droits et devoirs féodaux dans la province du Bas-Canada (1854). C’est à ces « persistances seigneuriales » que s’intéresse Benoît Grenier depuis maintenant une dizaine d’années.
Pendant le siècle qui a suivi l’abolition, les identités seigneuriale et nobiliaire ont continué d’être revendiquées par les membres de l’ancienne aristocratie canadienne. Du Premier ministre L.-A. Taschereau au poète De Saint-Denys Garneau et sa parente  l’écrivaine Anne Hébert, en passant par la famille Rioux de Trois-Pistoles, une conscience familiale, imprégnée par la fierté des origines et par l’ancrage intergénérationnel dans un terroir, peut s’observer et se manifester en maintes circonstances : maintien de pratiques honorifiques, d’épithètes seigneuriales, survivance des rentes seigneuriales, propriété foncière « seigneuriale », positions d’autorité, création d’associations… Des individus ont reçu et transmis une culture familiale fortement imprégnée par les valeurs d’Ancien Régime et par la tradition séculaire de leur famille : pratiques d’endogamie de classe, mariages mixtes, promotion du bilinguisme et tradition de service public (fonction publique, armée, diplomatie…), mais surtout honneur et conscience de soi dans la durée, en sont quelques exemples qui seront discutés.
Cette communication repose sur une série d’entretiens filmés réalisés auprès de descendants de familles seigneuriales et autres témoins de ces survivances, ainsi que sur diverses sources écrites (biographies, mémoires, articles de journaux). Elle propose de réfléchir à la transmission familiale sous le prisme de l’identité familiale seigneuriale. Elle sera suivie d’une projection d’un documentaire réalisé par la cinéaste et historienne Stéphanie Lanthier dans le cadre du projet du professeur Grenier.

Lundi 25 mars de 14h à 16h

Salle R42.2.110
Bâtiment R42 – 2e Niveau
Avenue F. Roosevelt 42
1050 Bruxelles

Entrée libre